LES ALBUM-ECHO NUMERIQUES

 

Compte-rendu d’une activité menée par Mme Marie-Claire Simonin, professeure des écoles, école maternelle Cologne (REP+), Besançon

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– Communiquer avec les adultes et avec les autres enfants par le langage, en se faisant comprendre

– Parler ensemble d’une situation vécue avec le groupe, mettre des mots sur des actions

– S’exprimer dans un langage syntaxiquement correct et précis. Reformuler pour se faire mieux comprendre

– Pratiquer divers usages du langage oral : raconter, décrire, évoquer, expliquer, questionner, proposer des solutions, discuter un point de vue

– Apprendre à observer la langue : développer une attitude réflexive par rapport au langage dit et entendu, coopérer avec d’autres pour réfléchir à d’autres formulations

 

 

Les albums-échos ont été initiés par Philippe Boisseau (2005) qui a été longtemps enseignant, puis ré-éducateur et enfin inspecteur de l’Education Nationale. Il s’est intéressé de façon approfondie à l’appropriation du langage à l’école maternelle. Les albums-échos reposent sur la vie de l’enfant : l’enfant est photographié dans ses activités et ces photos deviennent support de langage. En petite section, il s’agit souvent d’albums personnalisés.

Quand l’enfant grandit et qu’il commence à s’intéresser à ce qui l’entoure, on peut concevoir des albums-échos qui racontent la vie de la classe. C’est le parti-pris que j’ai choisi en moyenne section. L’utilisation pour ce faire d’une tablette numérique facilite la fabrication de l’album-écho qui se fait alors de façon immédiate et interactive.

 

 

pour en savoir plus:

Boisseau P. (2005). Enseigner la langue orale en maternelle. Paris , Retz

Sur le site de l’Académie de Lyon, un compte-rendu d’une conférence de Philippe Boisseau : La constitution du langage de l’enfant et sa pédagogie à l’école maternelle

 

 

source: Site Eduscol

   

 

L’enfant apprend à parler grâce aux interactions langagières avec l’adulte : l’enfant « novice » apprend de l’adulte « expert » au sein d’une relation de tutelle ou d’ « étayage » (Bruner, 1983). Pour Emmanuelle Canut, l’enfant apprend en même temps à « parler-penser ». Et en particulier, « c’est le fonctionnement syntaxique qui permet l’organisation du discours et étaye le fonctionnement de la pensée. » (Canut, 2009, p.3). L’acquisition langagière ne se fait pas par simple imitation (répétition en écho), mais par une sorte d’imitation créatrice, une actualisation individuelle du langage d’autrui. L’acquisition de la parole résulte d’un processus socio-cognitif complexe : l’enfant s’approprie les schèmes syntaxiques de la langue en reprenant les formulations de l’adulte, c’est ainsi qu’il construit progressivement la syntaxe par appropriation d’éléments successifs. « En verbalisant en situation, l’adulte permet à l’enfant de faire (…) des hypothèses sur le fonctionnement de sa langue et de s’approprier des raisonnements (…). » (Canut, 2009, p.4) Ceci signifie que l’adulte, par son étayage langagier, doit fournir à l’enfant des « modèles » de la parole, ce que Lentin et Canut nomment des « schèmes sémantico-syntaxiques créateurs ».  

Pour en savoir plus :

Bruner, J.S. (1983). Le développement de l’enfant : savoir faire savoir dire. Paris : P.U.F.

Canut E. (2009). Apprendre à parler pour ensuite apprendre à lire et à écrire. Congrès FNAME. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00524227/document (consulté le 27/01/18)

 

La discussion qui s’engage dans le groupe autour de ce que l’on va enregistrer dans l’album-écho, l’écoute et la reprise des enregistrements successifs jusqu’à ce que la formulation convienne à tous, à savoir le processus de création de l’album-écho, peuvent permettre un apprentissage structuré de la langue grâce à l’étayage de l’adulte. Avec deux atouts supplémentaires :

– les enfants ont la possibilité de réécouter ces enregistrements de manière autonome pour se les approprier

– en travaillant en groupe aux enregistrements, ils prennent conscience qu’ils sont en train d’apprendre à parler, ils comprennent que l’écoute et l’observation des productions langagières font partie intégrante de cet apprentissage, et ils commencent à construire une attitude réflexive face à la langue. « Il s’agit de « commencer à réfléchir sur la langue ». Dans ces situations, l’élève doit se décaler des usages de la langue pour la prendre comme objet, non plus seulement la faire fonctionner mais comprendre comment elle fonctionne. » (voir fiche repère 1, p.6)

Source : sur le site Eduscol, dans un document d’accompagnement aux programmes de la maternelle

La fabrication est infiniment simplifiée par l’utilisation de l’application book creator qui permet de créer des livres numériques avec image, écrits et sons : l’album-écho peut alors se créer en direct et très rapidement avec les élèves.

Par exemple : lors d’une activité en salle de motricité, ou d’une sortie à la bibliothèque, on prend des photos et de retour en classe, on commente et on enregistre les premiers commentaires à côté de la photo. Ensuite on peut revenir dessus indéfiniment, en réécoutant les enregistrements, en discutant de leur pertinence et en les réitérant jusqu’à ce que le groupe les considère comme satisfaisants.

Les livres ainsi créés peuvent être placés sur l’ordinateur de la classe et être écoutés de façon autonome avec un casque.

 

 

Les élèves sont très motivés par ce type d’activité, sans doute parce qu’elle génère un objet tangible que l’on peut voir et entendre. La langue orale est par définition un objet évanescent; grâce à la tablette numérique, les énoncés acquièrent une réalité, une matérialité de laquelle on peut s’emparer.

Par ailleurs, il devient possible, grâce au numérique, de passer de longues minutes sur le même énoncé, de le redire et le réécouter indéfiniment, sans lassitude de la part des élèves (jamais on ne pourrait ainsi répéter jusqu’à 20 fois la même phrase pour que la prononciation ou la syntaxe deviennent correctes, si ce n’était dans le but d’enregistrer). Ils peuvent alors comprendre en actes ce que signifie apprendre à parler. Et on observe alors au fil de l’année que, dans les situations ordinaires de la classe, les élèves se mettent à réfléchir à leur formulation tout en parlant, et à les corriger d’eux-mêmes.

Ce type d’activité développe chez les élèves, des capacités d’écoute et d’attention, et du respect pour les productions des autres, qui toutes contribuent à la création d’un objet commun au groupe. Il est frappant de voir que tous les élèves souhaitent participer, y compris ceux qui sont souvent en retrait des activités orales : ils mettent plus de temps à oser, mais ils finissent par le faire : être enregistré génère une très grande motivation. On assiste à une modification du statut de l’erreur : en effet, les corrections ne sont pas le fait du jugement de l’adulte, elles font partie intégrante du processus normal de l’enregistrement et c’est tout le groupe qui décide de garder ou non un énoncé. Et puis, aucun enregistrement n’est véritablement définitif : on peut toujours revenir et à améliorer les productions.

Enfin, un livre numérique cela peut se partager : avec les autres classes, avec les parents, sur le blog de l’école; c’est un produit fini dont on peut être fier.

 

L’album « Nous sommes allés au marché » 

 

 

 

 

 

 

 

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