Compréhension orale d’un album

 

Compte-rendu d’une activité menée par Mme Mélusine Ecarnot, professeure des écoles, école maternelle Cologne (REP+), Besançon, année scolaire 2018-2019, (expérimentation : 2019)

 

OBJECTIFS

 

  • Permettre à tous les élèves d’accéder à la compréhension d’une histoire
  • Rendre l’élève acteur de la compréhension et du racontage d’une histoire
  • S’appuyer sur les connaissances des élèves dans leur(s) langue(s) maternelle(s) pour favoriser la compréhension d’une histoire racontée par l’adulte
  • Favoriser les transferts des langues maternelles vers la langue française pour permettre à chacun de progresser dans la langue de scolarisation
CONTEXTE

L’élaboration de la séquence « Comprendre une histoire racontée par l’adulte » s’appuie sur des réflexions menées au cours d’un groupe de travail sur le plurilinguisme à l’école maternelle, conjointement orchestré par Nathalie PREVITALI (Conseillère Pédagogique, Circonscription de Besançon 1), Nathalie THAMIN (Maitre de Conférences, Université de Franche-Comté) et Marie-Claire SIMONIN (Professeure des Écoles, Maternelle Cologne à Besançon). En outre, les travaux de Pierre PEROZ concernant la pratique du dialogue pédagogique à évaluation différée et les travaux de Roland GOIGOUX et Sylvie CEBE sur la compréhension, ont sensiblement orienté les choix pédagogiques de l’enseignante, quant à la conduite des séances de compréhension de l’histoire.

La conception et l’expérimentation de cette séquence prennent place dans une classe de moyenne et grande sections, située en REP+. Plusieurs élèves de la classe ayant une langue maternelle différente du français, les langues les plus représentées au sein du groupe sont l’arabe (Algérie), le shimaoré (Mayotte) et le romani.

CHOIX DE L’ALBUM

Loup, loup, y es-tu ?, de Mario RAMOS (L’école des loisirs, 2006)

Cet album a été choisi pour la pluridisciplinarité qu’il présente :

  • Entrée par la comptine
  • Motricité : jeu collectif « Minuit dans la bergerie » revisité
  • Lexique lié aux vêtements et à l’hygiène
  • Arts visuels : le loup
  • Compréhension : l’implicite de la ruse
 

MISE EN OEUVRE

Déroulé prévu

  • Définir un horizon d’attente en travaillant les obstacles à la compréhension.
  • Premier racontage en collectif, en français.
  • Racontage en français associé à des mots en arabe ou en shimaoré ou en romani en collectif puis en petits groupes.
  • Appropriation progressive des éléments de l’histoire dans la perspective d’un racontage autonome de l’élève.

1.    Obstacles à la compréhension

a) Connaître la comptine et la comprendre

  • Apprentissage en français.
  • Invitation des parents pour apprendre à la classe (élèves et enseignante) la comptine en arabe, en shimaoré et en romani;
  • Association des gestes à la comptine, toujours les mêmes, quelque soit la langue utilisée pour amener les élèves à faire des inférences (par exemple : « Maitresse, DIEB ça veut dire LOUP parce qu’on a fait comme ça avec les mains !») 

 

b) Lexique des vêtements

  • Découverte concrète des habits présents dans l’album Loup, loup, y es-tu ? : l’enseignante apporte une valise contenant un caleçon, une chemise, une cravate, un pantalon, des chaussettes, des bottes et un manteau. Les différents éléments sont nommés et décrits.
  • Invitation des parents pour apprendre à la classe les noms des vêtements en arabe, en shimaoré et en romani : confection d’un imagier plurilingue sur tablette.
  • Reprise de la valise, en petit groupe, pour nommer les différents habits en français et écouter leur traduction dans les trois langues choisies.

 

c) Comprendre que les cochons jouent au loup

En salle de motricité, jouer au loup (possibilité de reprendre et d’adapter le jeu « Minuit dans la bergerie » :

  • Jeu avec la comptine en français ou en arabe/shimaoré/romani.

  • Réinvestissement des noms de vêtements.

 

d) Comprendre la ruse : le loup est en fait le troisième cochon déguisé

À l’occasion de carnaval, chaque élève fabrique son masque de loup. Par cette activité, les élèves apprennent que l’on peut se déguiser en mettant un masque. Le jour du carnaval de l’école, la classe devient « la classe des loups » !

2.    Premier racontage en collectif, en français

Voici le matériel utilisé pour le racontage :

  • Le tapuscrit de l’histoire
  • Les personnages de l’histoire, en grand format.
  • Des illustrations de l’album Loup, loup, y es-tu ? : « Je dors ! », « Je me lève ! », « Je prends ma douche ! » et « Je me brosse les dents ! »
  • Les vêtements : un caleçon, une chemise, une cravate, un pantalon, des chaussettes, des bottes et un manteau.
  • Une cape en tissus pour cacher le corps du cochon déguisé.

 

3- Reprise du racontage en français associé à des mots en arabe/shimaoré/romani

En grand groupe, les mots dans les langues maternelles des élèves sont associés au texte français. A l’issue de ce temps, une question d’évaluation est posée pour mesurer la compréhension des élèves.

 

En petit groupe, le racontage est repris.

Des mots dans les langues maternelles des élèves sont associés au texte français. Les vêtements sont progressivement remplacés par des photographies et les pancartes des personnages reprises par des cartes plus petites. Le matériel est placé dans un sac à raconter. C’est lors des reprises en petit groupe que le travail lié à la compréhension du récit est mené. Petit à petit, les élèves racontent eux-mêmes l’histoire. 

 

PERSPECTIVES

 

  • Mise à disposition d’un sac à raconter avec les différents éléments à manipuler pour amener les élèves à raconter eux-mêmes l’histoire (évaluation possible à cet instant).
  • Confection d’un imagier des vêtements à rapporter à la maison : possibilité d’enrichir l’imagier en réfléchissant à quels habits ajouter à la liste.

 

PLUS VALUES OBSERVÉES

 

1- Pour les élèves

  • La prise en compte de la/les langue/s qu’ils sont amenés à entendre et/ou parler à la maison développe un sentiment d’identité et de reconnaissance.
  • La mise en valeur des connaissances en langue/s maternelle/s facilite les inférences et développe un sentiment de compétence et de réussite.
  • L’engagement de l’élève est favorisé par le sens donné aux apprentissages : la curiosité est encouragée, la prise de parole est stimulée, la qualité d’attention et d’écoute est renforcée
  • La manipulation du langage favorise une posture métalinguistique (par exemple : « RUV c’est LOUP parce qu’on le dit deux fois » ou « Il y a LOUP comme en français ! »).

La conscience linguistique est ainsi développée

2- Pour l’enseignant.e

  • La satisfaction quant à l’engagement des élèves et des familles, ainsi que le lien apaisé avec les parents encouragent le sentiment de compétence, d’intérêt et de curiosité de l’enseignant,e.
  • La posture d’apprenant de l’enseignant,e quand un parent vient apprendre la comptine dans sa langue instaure une relation d’égalité enseignant.e-parent, ce qui facilite et favorise la co-éducation.
  • La posture d’apprenant de l’enseignant,e vis à vis de l’élève donne un sens vrai au statut de l’erreur, dédramatise l’erreur et encourage l’élève à oser s’engager dans les apprentissages
  • La découverte et la compréhension des cultures des élèves et des familles donnent à l’enseignant des clés de compréhension essentielles pour mettre en œuvre les apprentissages.
  • Exemple : le mot Loup n’existe pas dans la langue mahoraise,
    élément important à connaître pour permettre aux élèves de Mayotte d’appréhender l’archétype du loup et la littérature de jeunesse.

3- Pour les parents

  • La prise en compte de leur/s langue/s et de leurs compétences développe un sentiment d’identité et de reconnaissance.
  • La mise en valeur de leurs compétences les invite à porter un autre regard sur l’école et à s’impliquer davantage dans la vie de la classe : apprendre les chansons, les comptines, les mots à la maîtresse ou à la classe, prendre leur place de parents d’élèves.

 

Au final, co-éducation, réussite et climat scolaire sont favorisés.

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